On a cotoyé l'apocalypse... et de près !

Publié le par Fanny et Jean-sé

Deuxième et dernière étape sur Java: le fameux Kawah Ijen, célèbre pour ses porteurs de souffre.

Du début à la fin, ce fut l'apocalypse !

Là encore une grosse mafia cadenasse le marché touristique. Il est bien difficile d'atteindre le volcan par ses propres moyens. Ce n'est qu'à 21h00, épuisés, à bout de nerf, en se décidant à rentrer à l'hotel bredouille, qu'un gas nous attendait, un air mafieux, pour nous proposer de louer son scooter. Evidemment, il nous demande rien de moins que 4 fois plus que le prix habiituel mais nous n'avons pas d'autre choix ! A ce prix là, on négocie que le plein d'essence soit fait.

1h00 du matin, on part pour atteindre le point de départ de la randonnée, à une heure et demie de route. L'intéret de partir si tot, c'est de voir les flammes bleues flotter dans le cratère. Elles ne sont visibles que de nuit. Alors 3h30 de sommeil ne nous arreteront pas !

Comme par hasard, notre scooter est à sec, pas une goutte de pétrole ! Grrrh ça commence mal. On doit trouver une station, ouverte en pleine nuit. Mission accomplie sans trop de peine. Allez cette fois, on y va !

On s'élance dans la nuit, tel Gérard Lambert ( comprendra qui pourra ), sur les routes en lacet. On en a pour 37 km ! 1/2 heure après notre départ, le brouillard tombe et la pluie l'accompagne ! On ne voit plus la route et elle devient de plus en plus pentue ! Conduire devient presque misson impossible. On s'arrete sous un hangar au bord du chemin. On réfléchit. Qu'est-ce qu'on fait ? On abandonne ?

Jean-Sé est trempé, épuisé. Malgré le désespoire qui nous envahit, on décide de continuer car on le veut ce volcan !!

Allez on se remet en route, doucement, en essayant de deviner les contours de la route ! Nos malheurs ne s'arretent pas là, ça aurait été trop facile ! Une petite dizaine de km avant l'arrivée, on crève le pneu arrière ! Oui, nous sommes en plein milieu de la nuit, dans un brouillant aveuglant, sous la pluie, seuls sur une route abrupte, et c'est le moment qu'à choisi notre destin pour rajouter un peu de peine à ce trajet. Vu le nombre de fois où on a loué un scooter, il fallait bien que ça nous arrive, mais pitié pas là, pas maintenant !!!!

Coute que coute, on est déterminé à y arriver, alors on prend les choses avec fatalité et on continue ! Je descends régulièrement pour marcher à coté du scooter quand les pentes sont trop raides. Les kilomètres sont interminables mais bizarrement notre moral s'améliore au fur et à mesure qu'on avance. On va y arriver et ce sera beau, on en est persuadé !

Finalement, on arrive plus de 2h30 après notre départ mais il fait encore nuit, il nous reste une chance de voir les flammes bleues. On dépose le scooter sur le parking et on file à toute allure à l'ascension du volcan. On est accompagné des porteurs qui se mettent en route pour leur corvée quotidienne. Une heure de grimpette plus tard à lampe torche, nous voilà sur le cratère. On aperçoit au loin les flammes qui vascillent. Il y a quelque chose d'attirant voir d'aspirant dans ce décor, on ne peut pas s'empecher de descendre pour voir ça de plus près. Sur le petit chemin escarpé qui nous mène dans les entrailles du volcan, la voix de ma mère résonne sans cesse dans ma tete : "il ne faut pas descendre dans le cratère, c'est beaucoup trop dangereux !!" Ben oui mais ce sont les porteurs eux-memes qui nous incitent à y aller, ils nous disent que c'est trop beau et ils nous accompagnent, tenant quelques touristes par la main pour descendre.

Et en effet, c'est trop beau. C'est un spectacle d'apocalypse. Les flammes bleues, le bruit assourdissant de la fumée qui sort abondamment et l'odeurs suffoquante de souffre qui nous piquent les yeux et nous irritent la gorge. Oui, ça y est, on y est, dans l'enfer d'Ijen. Au milieu de ça, les extracteurs de souffre travaillent, se taquinent et leurs rires résonnent sur les parois du cratère. Ces gens sont incroyablement touchant. Non seulement, ils ont un travail épuisant qui les fait mourire à 40 ans pour etre payé une misère, mais en plus ils sont tellement généreux. Ils offrent un large sourire à chaque touriste qu'ils croisent, nous demandent d'où on vient, comment on va, et se font un plaisir de nous servir les quelques phrases en français qu'ils connaissent. Ils ont une joie de vivre à peine croyable. On se s'en envahit par la chaleur humaine qu'ils dégagent alors qu'on aurait juste envie de pleurer en les voyant remonter 90 km de souffre sur leurs épaules abimées. Et le tout en tongue ! Meme Jean-Sé avait consentit à mettre des chaussures pour l'occasion !

Le lever du soleil éclaire petit à petit les profondeurs du cratère. Les flammes bleues deviennent progressivement invisibles et laissent place à la roche jaune poussin. Couleur que laisse le souffre sur son passage. La lumière nous fait découvrir le lac bouillonnant et fumant, bleu ou vert ou les deux, qui git dans le cratère et rend le ciel rosé. Un paysage surréaliste qui transforme d'un coup cet enfer en peinture digne des plus grands.

On a cotoyé l'apocalypse... et de près !
On a cotoyé l'apocalypse... et de près !
On a cotoyé l'apocalypse... et de près !
On a cotoyé l'apocalypse... et de près !
On a cotoyé l'apocalypse... et de près !
On a cotoyé l'apocalypse... et de près !
On a cotoyé l'apocalypse... et de près !
On a cotoyé l'apocalypse... et de près !
On a cotoyé l'apocalypse... et de près !
On a cotoyé l'apocalypse... et de près !

On remonte des entrailles de la terre pour aller admirer le point de vue d'en haut. Le lac est encore plus beau et on prend conscience de l'ampleur du nuage de fumée. On y déguste notre brioche au chocolat, bien méritée !

Puis on redescend, toujours accompagnés des nombreux porteurs, qui sourient encore ... Ils emmènent leurs paniers infernaux à la balance et récoltent leur quelques roupias du jour (800 Rps/ kg soit 50 centimes d'euro les 10kg ). Chacun remonte entre 60 et 90 kg par trajet et ce deux fois par jour.

On a cotoyé l'apocalypse... et de près !
On a cotoyé l'apocalypse... et de près !
On a cotoyé l'apocalypse... et de près !
On a cotoyé l'apocalypse... et de près !
On a cotoyé l'apocalypse... et de près !
On a cotoyé l'apocalypse... et de près !

Il est temps de nous préoccuper de notre mobilette ! On arrive sur le parking et on la retrouve dessossée ! Quelques porteurs, nous ayant devancés ont entrepris de réparer notre roue. Ils n'ont pas fait dans la demi-mesure, puisqu'ils ont démonté tout l'arrière... Ils nous expliquent que tout est mort là dedans (désolé pour les détails techniques, j'y connais rien). Ils nous montrent le caoutchouc éfrité. Bon ben, il faut réparer tout ça ! Rien ne les effraye : ils trouvent une vieille tongue et la découpe à la faucile pour remplacer le caoutchouc ! Puis ils s'attaquent à la chambre à air toute neuve qu'on vient d'acheter dans le café d'en face. Manque de bol, ils la percent en la remettant en place. Bon, on ne leur en veux pas, après tout, le premier job c'est porteur de souffre, pas mécano !! Heureusemet pour nous, rien ne les arretent et leur motivation est sans faille. Ils vont s'y reprendre à 4 fois et moultes rustines pour réparer notre pneu ! Remonter la roue ne fut pas simple non plus. Autant c'est facile à démonter, autant pour remettre toutes les pièces du puzzle à la bonne place, c'est pas évident ! Trois fois seront nécessaire pour que chaque boulon soit boulonné !

Au bout de 4h00 tout est en place, on peut repartir. L'un de 4 ou 5 "porteurs-réparateur" me propose de me redescendre au village pour ne pas risquer de creuver à nouveau: la réparation est tout de meme fragile ! Débordant de gentillesse jusqu'au bout, je pars avec lui, et Jean-Sé nous suit. Mon pilote est très attentif à ce que Jean-Sé n'est pas de problème et il s'improvise guide sur la route !

Cet incident technique, nous a permis de passer un bon moment avec eux, de rigoler ensemble et d'apprécier encore plus leur générosité, leur chaleur qu'ils ont au fond du coeur et qu'ils distribuent à qui veut bien la prendre !

Nous aurons bien galéré, c'est rien de le dire, pour arriver et repartir de ce volcan, mais cela a sans doute rajouté du poids à nos émotions face à cet enfer terrestre. On en gardera un souvenir marquant. J'écris cet article, 3 jours après et les images de ce moment défilent encore continuellement ma tete.

Alors mesdames et messieurs, appréciez donc vos allumettes, vos cosmétiques, vos médicaments et votre sucre en poudre, car des gens se bousillent les poumons avec le sourire pour ne meme pas en voir la couleur.

Publié dans Indonésie

Commenter cet article

diane 28/07/2014 13:58

Fabuleux, aussi bien le décor que l'expérience humaine !

Christelle 28/07/2014 10:26

Magnifique! Je pense que vous reviendrez de ce voyage de noce transformés et toutes ces images resteront à jamais.
vous nous apportez beaucoup aussi puisqu'en vous lisant nous partageons vos émotions.
Ça va être difficile de quitter ce voyage et de reprendre votre vie après tout ça. Certaines choses vous sembleront peut être bien futiles... À bientôt

mily-siam 27/07/2014 14:50

magnifique! merci! c'est extraordinaire et flippant!

jean-yves 26/07/2014 16:33

superbes photos et super description de vos aventures qui nous donnent envie de lire la suite. Quel suspens!!!
Vous avez beaucoup de courage et de volonté pour poursuivre vos objectifs à chaque fois malgré toutes les péripéties qui en décourageraient beaucoup. Bravo les globe-trotteurs ;

marie The 25/07/2014 22:13

Je n'ai pas de mots pour qualifier ce que vous avez vécu!c'est exceptionnel,iréel,un rêve en même temps qu'un cauchemard mais ce Kawa Ijen avec ses porteurs restera à jamais gravé dans votre mémoire;nous l'avons découvert comme de vulgaires touristes et pourtant nous frémissons à chaque fois qu'ils le montrent à la télé;
Vous l'avez MERITE§§
Bisous
Marie The

Cécile 25/07/2014 19:20

Magnifique là encore! Et là, ce n'est pas un effet spécial de l'appareil photo qui fait que le jaune ressort aussi bien sur le gris. Et ses flammes bleues... Et la couleur du lac...C'est superbe!! Et quel histoire! Gérard Lambert n'a qu'à retourner se coucher (et les Indonésiens, on peut les gonfler quand ils réparent leurs mobylettes?)
Au fait, il y a du souffre dans le sucre en poudre?!

Fanny et Jean-sé 26/07/2014 14:29

On utilise le souffre qu'ils récoltent pour la rafinerie du sucre, entre autre ( pour le transformer en petits cristaux à ce que j'ai compris)

Carine 25/07/2014 19:15

Je ne crois pas que je me serais montrée aussi tenace mais ça aurait été vraiment dommage !! On sent toutes les émotions que vous avez pu ressentir à travers vos écrits. Quels moments de partages incroyables !! Que de riches expériences.

ghislaine 25/07/2014 16:11

Simplement époustouflant.... je crois que là, je n'aurais pas pu suivre...